Comment conjuguer durablement performance et bonheur au travail ?

La recette « secrète »

La période d’accélération que sont en train de traverser la plupart des entreprises a rendu incertain l’objectif de pérennité. C’est précisément là ou la capacité à se donner des marges de manœuvre et à cultiver son autonomie peut constituer un facteur de compétitivité et de différenciation considérable pour faire face à un environnement en constante mutation. Existe t-il une recette pour s’octroyer ces marges de liberté ?

Le projet d’entreprise Perfambiance mené dans la filiale française de Sew Eurodrive à partir de 1989 nous en donne un exemple éclairant. Ayant décortiqué et formalisé le système de management de Perfambiance de près avec la rédaction du livre « Perfambiance, l’entreprise qui libère les énergies » avec Michel Muntzenhuter, le dirigeant à l’initiative de la conception et le déploiement de ce fonctionnement d’organisation, je résumerais la solution trouvée par l’expression « La recherche du Beau Geste ».

Qu’est ce que la recherche du Beau Geste ?  Dans le sport, on qualifie de beau geste un mouvement exécuté avec un maximum d’efficacité et un minimum d’efforts. Le beau geste est simple. Il s’accompagne d’un sentiment de plaisir et de sérénité chez celui qui l’exécute. Le beau geste représente l’alliance parfaite de la performance et du bonheur. C’est l’accomplissement d’une harmonie rare. Le beau geste, c’est le jeu d’un Roger Federer en pleine grâce.

Les quatre temps dans la recherche du Beau Geste

Mais la recherche du beau geste n’est pas de tout repos, c'est un éternel recommencement, un chemin fait de petits pas. Pour s’engager dans une recherche de ce type, le sens du progrès est donc aussi essentiel que la patience, la persévérance et la confiance en soi. Nous savons tous qu’aucune de ces choses ne peut exister sans amour de ce que nous faisons, sans passion.

Le beau geste consiste en la répétition d’un mouvement en quatre temps qui initie un cercle vertueux :

  1. Le progrès améliore la performance.

  2. L’amélioration de la performance libère de l’énergie ou en fait acquérir.

  3. Cette énergie est investie pour faire grandir l’organisation et les collaborateurs.

  4. La croissance des collaborateurs engendre du progrès.

Et ainsi de suite, le moteur se met en marche.

L'ambiance de travail est l’essence du moteur de l’engagement des collaborateurs

Dans une organisation où une multitude d’acteurs intervient, il est impossible de s’engager dans la recherche du beau geste sans impliquer un maximum de personnes. Or pourquoi les collaborateurs s’engageraient-ils dans un projet si exigeant ? Si le salaire était suffisant, nous le saurions tous...

L’ingrédient secret, qui peut sembler paradoxal et déroutant, est  absolument gratuit. C'est la bonne volonté. La bonne volonté ne peut ni se décréter, ni s’obtenir par contrainte. Tout simplement parce qu’elle dépend de la liberté de chacun.

Gratuite? Une bonne nouvelle en apparence qui cache la difficulté de faire émerger cette bonne volonté. Comment donner aux collaborateurs  l’envie de faire progresser constamment leur entreprise ?

C’est ici qu’intervient quelque chose qui nous échappe très largement en raison de notre obsession du résultat et de l’efficacité. La source d’énergie qui alimente le moteur n’est rien moins que l’ambiance de travail. L’ambiance est faite de la qualité des relations entre les personnes,  de l’attachement à l’organisation, à son projet, au sens qu’elle donne à son action, etc. Et lorsqu’une organisation devient mature, les collaborateurs ont des relations qui ne se réduisent pas à de simples relations de travail, c’est-à-dire purement contractuelles. Ils ne se sentent plus forcément obligés de jouer un rôle. Ils ont tendance à voir l’entreprise comme un bien qu’ils possèdent en commun et dont ils prennent soin. Ils ont le sentiment de faire partie d’une grande famille, ou d’être dans le même bateau.

L’évaluation de la performance au service du projet collectif

Le progrès vers le Beau Geste exige de la bonne volonté, mais, comme n’ont cessé d’y insister les sociologues des organisations (Crozier, Dupuy, etc.)  la bonne volonté seule est insuffisante pour changer. Il faut pour cela que le collectif acquiert de nouvelles capacités, mette en place de nouvelles habitudes. Progresser, quel que soit le domaine exige une certaine connaissance de soi. Dans une entreprise, cela signifie notamment une connaissance des façons de travailler. En plus de la bonne volonté, il est nécessaire de disposer de moyens d’analyser le travail, les processus de production et de communication. Pour ce faire, des indicateurs sont indispensables, associé à un système d’enregistrement des flux. L’informatique permet d’enregistrer les flux en temps réel sur la totalité de la chaîne de production et logistique, sans qu’aucun reporting manuel ne soit effectué. Ces deux éléments vont permettre de fournir des données objectives pour analyser le travail, évaluer la performance, et prendre le recul nécessaire de l’analyse et de  l’amélioration de cette dernière. L’évaluation de la performance est souvent perçue comme un moyen de contrôler les individus. Lorsqu’on s’appuie sur une ambiance suffisamment bonne et un projet d’entreprise, jugé crédible et faisant converger les intérêts des uns et des autres, une autre perception est possible : l’évaluation de la performance sert avant tout à collaborer à un but commun.

L’importance des rituels pour développer un esprit de recherche

Les rituels et outils de progrès viennent ensuite compléter l’ensemble. Chez Sew Usocome, chaque jour le manager de terrain tient des micro-rituels d’une dizaine de minutes dans lesquels il prête attention à la fois à la qualité de l’ambiance et aux idées d’amélioration continue des collaborateurs.

Un outil, le système de management des idées, sert ensuite à répertorier ces idées publiquement et à rendre visuel le cheminement de l’idée vers sa réalisation. Pour les difficultés récurrentes, plus complexes, un autre type de rituel existe : le chantier de progrès. Là une équipe de volontaires issues des lignes de production s’associe au manager de terrain et à un consultant interne, spécialisé dans un domaine pertinent pour résoudre le problème. Pendant trois jours, ils travaillent sur l’amélioration de la ligne de production en gardant à l’esprit l’importance d’équilibrer l’ergonomie des postes et la performance.

Ainsi, à travers ces rituels, chaque jour, les collaborateurs sont invités à cultiver un certain esprit de recherche collectif : curiosité, coopération, imagination, etc.

Le sens, une condition de la démarche de progrès

Disposer d’une philosophie d’entreprise capable de faire sens pour les collaborateurs et de justifier la démarche de progrès permanent est une condition première. Pourquoi ? Les Hommes sont des êtres de paroles, de langage. Lorsque nous faisons quelque chose, nous avons besoin de comprendre ce que signifie ce que nous faisons et pourquoi nous faisons ce que nous faisons. C’est un des rôles de la philosophie d’entreprise de proposer une réponse à ces questions. Pensez à l’histoire des trois casseurs de pierre qui donne une compréhension intuitive de ce point. Elle donne également une idée intuitive de ce que peut apporter en terme de motivation et de résilience une vision du monde ambitieuse, porteuse de vitalité. Chose par ailleurs confirmée par les recherches en psychologie positive.

En ce qui concerne l’adhésion à la philosophie d’entreprise proposée, il semble intéressant de remarquer que dans le cas de Sew Usocome comme dans celui de Favi, le ressort de l’adhésion s’est probablement situé dans la capacité de ces entreprises à reconstituer le pacte des trente glorieuses (sécurité de l’emploi, salaires croissants, possibilité d’ascension au mérite) et à continuer à faire vivre l’univers mental qui les dominait.

Il n’est pas certain qu’aujourd’hui, compte tenu des évolutions culturelles identifiées par les chercheurs comme Ronald Ingelhart (Nous y reviendrons) et des enjeux nouveaux comme les problèmes écologiques, la même recette puisse fonctionner avec des populations nées après les Trente Glorieuses et ayant toujours connu une société de chômage de masse.

Le rôle fondamental de la direction

Bien évidemment, pour que la philosophie de l’entreprise suscite de l’adhésion, les collaborateurs doivent lui accorder une certaine crédibilité. Le comportement de la direction, sa capacité à agir de façon déterminée, intègre, à chercher à comprendre les raisons des effets inattendus parfois déconcertants est essentielle comme le montre la recherche en sociologie des organisations.

Toutes les recherches scientifiques de terrain pointent en effet que la méconnaissance des dirigeants à l’égard des réalités vécues par les employés est une des principales causes d’échec des tentatives de transformation. Cette méconnaissance, en contribuant à générer des résistances, est sans doute à l’origine de cette conviction aussi tenace qu’ erronée : “Les gens n’aiment pas le changement”.

Et cette conviction en influençant le comportement des dirigeants contribuent sans doute à créer la réalité qu’elle déplore. Autrement dit, il me semble, d’après les conversations que je peux avoir avec des dirigeants, que beaucoup sont piégés dans ce que l’on appelle une “prédictions autoréalisatrice”. (C’est un sujet sur lequel nous reviendrons)

Conjuguer les facteurs

Chez Sew Usocome, dans la filiale française Sew Eurodrive, la conjugaison d’une bonne ambiance, d’une philosophie sensée, de rites de progrès, d’un esprit de recherche et d’outils de mesure de la performance ont rendu possible une analyse très fine des processus physiques et de communication liés à la production par les opérateurs associés aux fonctions supports. A partir de là, le moteur a pu être lancé et a produit de nombreux bénéfices pour l’entreprise et les collaborateurs.

Ces bénéfices ont servi en retour à améliorer l’ambiance, ce qui a contribué à encore alimenter le moteur.
Parmi les bénéfices engendrés par le moteur Perfambiance on trouve :

  • la réduction de la structure hiérarchique offrant ainsi plus d’autonomie aux équipes et aux personnes

  • la capitalisation de la connaissance acquise au sein d’une équipe de consultants internes

  • un effort très important pour former les collaborateurs

  • la création d’une école interne de formation pour ces derniers

  • la création d’un pôle d’innovation

  • une croissance constante à contre courant du destin industriel général

  • une autonomie financière suffisante pour nous permettre d’investir dans des machines à la pointe ou dans la construction d’une des premières usines françaises 4.0 à Brumath.

En somme, la recherche du Beau Geste engendre des bénéfices, qui investis au service de la pérennité de l’entreprise sont susceptibles d’engendrer des résultats exceptionnels.

En résumé :

  • La recherche du Beau Geste a consisté à mettre en place un cercle vertueux d’amélioration continue

  • L’ambiance de travail a été l’essence du moteur de l’engagement des équipes

  • Les dispositifs de mesure et d’évaluation ont été conçus pour permettre d’analyser, comprendre et améliorer et non pour contrôler et sanctionner

  • Le travail sur le sens a généré l’engagement et l’adhésion nécessaires pour initier la démarche de progrès

  • La mise en places des rites de progrès a institué un esprit de recherche, d’expérimentation et d’amélioration propice à l’innovation et à la réactivité

  • La direction a acquis une connaissance aiguisée du terrain et de la réalité vécue par les équipes, ce qui a permis une analyse fine de la situation

Quelques questions à se poser quand on est dirigeant :

  • Est-ce que je connais vraiment la qualité de l'ambiance au sein de mon entreprise ? Est-ce que les conditions pour la satisfaction des besoins fondamentaux y sont réunies ?

  • Est-ce qu’avant d’engager un projet de changement important, j’ai pris le soin de comprendre les réalités vécues par les acteurs de terrain ?

  • Est-ce que mon entreprise propose une philosophie capable de donner du sens à l'action collective et de susciter de la bonne volonté chez les acteurs de l'entreprise ?

  • Disposons-nous d'un esprit de recherche ? D'une bonne capacité à dialoguer ?

  • Existe-il des rituels de progrès dans notre Enterprise ? Que nous apportent-ils ?

Si vous aussi, vous souhaitez acquérir une bonne connaissance de votre entreprise et de son fonctionnement, découvrez nos propositions de diagnostics et d’accompagnement.

Faites du bien à vos méninges, suivez-nous ;-)

Spread the Love

Vous avez aimé cet article ? Partagez le sur :